Première surprise en arrivant, je trouvais deux guichets ouverts sur quatre, avec une file conséquente de personnes à chaque guichet.
- Oh là ! me suis-je dit, cela risque de durer pour un recommandé.
Je me placais entre les deux files contigues espérant ainsi accéder au guichet se libérant le premier.
Quelques instants plus tard, un petit monsieur entrant péniblement dans l'établissementet et après quelques hésitations me demande :
- Excusez-moi monsieur, mais vous êtes dans quelle file ? me dit-il la voix tremblottante. 
- Je suis dans la file qui se terminera en premier...  
- Ah ! me répond-il un peu surpris tout en se plaçant derrière moi à attendre son tour.
Arriva ensuite une petite dame dans l'établissement.
- Vous êtes dans quelle file ? demanda-t-elle au petit monsieur.
- Je suis derrière le monsieur qui attend, lui répondit-il.
- Ah bon ! lui-dit elle.... mais qu'est-ce qu'il attend ?
- Il attend la file qui se termine en premier répond-il un dubitatif.

Par ce processus, je pensais gagner du temps.
Ne sommes-nous pas en effet, lorsque nous attendons dans une file, à regarder la file d'à côté avancer et la comparer à la progression de la notre, dans l'espoir secret d'avoir choisi la meilleure file.
Il faut vous dire que si je pensais gagner du temps, c'était sans compter sur l'attitude des guichetiers qui, scrutant nos comportements dans la queue, focalisaient leur attention sur nos agissements et ralentissaient par voie de conséquence leur rythme de travail ?

1. Première moralité, si tu ne veux pas attendre à la poste, sois chez-toi quand le facteur passe !

Seconde surprise.

Je présente ma carte d'identité et l'avis de passage du facteur et l'employée de guichet me demande si j'ai un dossier d'ouvert.
- Un dossier d'ouvert ? Je ne sais pas. C'est le premier recommandé que je reçois au nom de la société.
- Un instant, je vais demander...me dit-elle.
Elle se rend dans une pièce reculée et j'entends une voix forte, masculine lui répondre, "Pas de dossier pas de recommandé !"
- Je ne peux pas vous la donner me dit-elle.
Tout en prenant à témoin les personnes attendant dans la file d'attente, j'explique à l'employée de guichet que c'est un avis de passage que j'ai trouvé dans ma boîte aux lettres et qu'en l'occurrence, si j'avais été présent, le facteur m'aurait remis le recommandé sans me demander de dossier particulier.
Sous le poids de l'argument, l'employée de guichet me demande de patienter et va chercher son 'responsable'. Celui-ci arrive et d'un coup de menton lui servant de "Bonjour Monsieur," je comprends qu'il s'adresse à moi.
- Bonjour monsieur, lui dis-je.
- Bonjour me dit-il en grommelant entre ses dents.
- Je suis très embarrassé monsieur, car je viens chercher un recommandé au nom de la société que je suis en train de créer et vous me demandez si j'ai un dossier d'ouvert. Je voudrais savoir comment je peux faire pour obtenir ce recommandé.
- Pas de dossier, pas de recommandé ! me répond-il.
Mon argument ayant quelque peu fait céder l'employée de guichet se trouvait maintenant fragilisé par l'insistance du responsable. Je finis par céder et lui demande.
- Mais que vous faut-il pour ouvrir ce dossier chez vous ?
- Il me faut un extrait Kbis ! me répond-il.
- Un extrait Kbis, mais vous l'avez, monsieur, lui-répondis-je.
- Non, je ne l'ai pas, puisqu'il n'y a pas de dossier, me dit-il.
- Si vous l'avez, assurément vous l'avez !, prenant à témoin les personnes impatientes dans la file d'attente qui s'était constituée.
- Non je ne l'ai pas ! m'affirme-t-il.
- Si monsieur... vous l'avez..... là, dans votre main..... Comment fait-on dans ces cas là ? lui demandais-je feignant l'embarras.
Déconcerté, il se tourna vers l'employée de guichet qui avait suivi, interloquée, la scène. Il lui marmonna un accord dépité puis s'en alla. Après avoir fait quelques pas, il se retourna brusquement et revenant sur ses pas, index pointé, il me lança:
- Et c'est bon pour une fois, hein ! C'est bon pour une fois !
Ne relevant pas devant le document qui m'était remis, je comprenais qu'il lui fallait avoir le dernier mot.

2. Seconde moralité, si tu veux obtenir ta LRAR quand tu as créé ta société, ouvre un dossier....

Troisième surprise.

Quelques jours plus tard, je me présentais au même endroit même guichet, même employée de guichet, avec un nouvel avis de passage du facteur...
- J'ai un recommandé lui dis-je tout en lui présentant l'avis et ma carte d'identité.
- Oui, oui, me dit-elle d'un air étouffé, vous j'connais !!!

3. Dernière moralité..... je vous la laisse !